Services écosystémiques

Retournez à la table des matières

Photo : Le séchage du saumon © iStock.com/fkienas
Le séchage du saumon

Services d'approvisionnement

Une série de caractéristiques écosystémiques et de facteurs socioéconomiques exercent une influence sur l'offre et le maintien des services écosystémiques. Bien que les changements en matière de services d'approvisionnement soient généralement les plus évidents, ils résultent souvent de modifications apportées aux services de régulation et de soutien et peuvent être étroitement associés aux changements des services culturels. Bon nombre de services écosystémiques sont aussi complémentaires, les changements dans plusieurs services étant produits par un facteur commun. Les exemples suivants illustrent certains types de menaces pour la fourniture continue de services écosystémiques au Canada.

Populations en déclin malgré les interventions humaines

Depuis 1971, on relâche du saumon coho d'élevage en alevinier dans le détroit de Georgia afin de suppléer les stocks naturels3. Le déclin de la production et de la survie marine, probablement attribuable en partie à des changements climatiques4, 5, en plus de taux d'exploitation élevés, a entraîné la forte chute généralisée des populations de saumon coho6. Malgré que les taux d'exploitation aient diminué, les populations de cette espèce n'ont pas été rétablies, et son abondance générale est toujours en déclin5, 6.

Survie marine et exploitation du saumon coho dans le détroit de Georgia
Pourcentage de survie et pourcentage d'adultes pêchés (exploitation), de 1986 à 2006
Graphe : Survie marine et exploitation du saumon coho dans le détroit de Georgia. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Description longue pour Survie marine et exploitation du saumon coho dans le détroit de Georgia

Ce graphique linéaire présente le pourcentage de survie des saumons cohos sauvages et d’élevage ainsi que le pourcentage d’adultes pêchés (appelé exploitation de la pêche) dans le détroit de Georgia, de 1986 à 2006. Durant cette période, le pourcentage de survie des poissons sauvages et des poissons d’élevage dans le détroit de Georgia a suivi la même tendance générale, quoique le pourcentage de survie des poissons d’élevage était plus faible. En 1988, le pourcentage de survie des poissons sauvages et des poissons d’élevage a atteint des maximums d’environ 18 % et 12 %, respectivement. Le pourcentage de survie des poissons d’élevage a ensuite diminué jusqu’à moins de 1 % en 1998. Le pourcentage de survie des poissons sauvages a aussi diminué jusqu’à environ 3 % en 1999. Le pourcentage de survie des poissons d’élevage et des poissons sauvages a ensuite augmenté jusqu’en 2001, atteignant des maximums moins élevés de 7 % et de 4 %, respectivement. Après 2001, le pourcentage de survie des poissons d’élevage et des poissons sauvages a diminué encore, jusqu’à environ 2 % (pourcentage de survie des poissons sauvages) et jusqu’à moins de 1 % (pourcentage de survie des poissons d’élevage) en 2006. Le pourcentage d’exploitation de la pêche est demeuré près de 80 % de 1986 à 1994, après quoi il a diminué considérablement jusqu'à environ 10 % en 1998. De 1998 à 2006, le pourcentage d’exploitation a varié entre 10 % et 20 %. En 2006, le pourcentage d’exploitation était d’environ 10 %.

 
Source : Mise à jour de Simpson et al., 20017.
Photo : Harde de caribous de Fortymile © David Cartier Sr.

 

Réduction des étendues et baisse des populations

Harde de caribous de fortymile
Carte : Étendue actuelle et étendue antérieure de la harde de caribous de Fortymile. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Description longue pour Réduction des étendues et baisse des populations

Cette carte présente l’étendue antérieure (début des années 1900) et l’étendue actuelle (2005) de la harde de caribous de Fortymile. La harde s’étendait autrefois des deux côtés de la frontière entre le Yukon et l’Alaska. Au Yukon, la majeure partie de l’étendue historique se trouvait dans l’Écozone+ de la Cordillère boréale, y compris Dawson, et s’étendait vers le sud jusqu’au nord de Whitehorse, une petite portion s’étendant jusque dans l’Écozone+ de la Taïga de la Cordillère. En Alaska, l’étendue historique s’étendait vers le nord-ouest, et comprenait la ville de Fairbanks. L’étendue actuelle est beaucoup plus petite, s’étendant seulement sur une courte distance dans l’Écozone+ de la Cordillère boréale et excluant dorénavant Dawson. La majeure partie de l’étendue actuelle se trouve en Alaska, mais ne s’approche plus de Fairbanks.

 
 
Source : Adapté d'Environment Yukon, 20058.

La harde de caribous de Fortymile, autrefois une importante source d'alimentation et d'approvisionnement des habitants du Yukon, a décliné, passant d'une population de 500 000 au début des années 1900, à 7000 à la fin des années 19608. Ces déclins ont probablement été causés par des hivers rigoureux, la chasse excessive et la fragmentation du paysage. Cette population a connu une hausse depuis le début des années 1980, pour atteindre 43 000 têtes, phénomène principalement attribuable aux restrictions imposées aux prises et au programme de contrôle des loups. L'étendue de la harde de caribous représente actuellement une fraction de son ampleur historique, ceux-ci traversant rarement la frontière pour venir au Canada8.

Conditions environnementales changeantes

Les modifications de l'état de la glace de mer exercent une influence considérable sur les communautés nordiques qui dépendent de la glace. Par exemple, les résidants de l'île d'Igloolik sont complètement coupés de leur environnement durant la période d'englacement, et sont ainsi incapables de se déplacer vers des sites de récolte à l'extérieur de l'île9. Le gel débute beaucoup plus tard durant l'année et la glace prend plus de temps à se former complètement10. Les habitants dépendent énormément de la récolte pour leur subsistance et l'île d'Igloolik présente des possibilités limitées en matière de récolte. C'est pourquoi, ils prennent de plus en plus de risques pour récolter le phoque sur la lisière des glaces et se déplacent sur de la glace instable jusque sur les terres continentales pour récolter le caribou.

Engel de la glace de mer, Igloolik, Nunavut
Date de la prise de la glace, de 1969 à 2005
Graphe : Engel de la glace de mer, Igloolik, Nunavut. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Description longue pour Engel de la glace de mer, Igloolik, Nunavut

Ce graphique présente la date annuelle de la prise de la glace de mer à Igloolik, au Nunavut, de 1969 à 2005. La date de la prise de la glace a varié de jusqu’à 30 jours, d’une année à l’autre. La ligne des tendances indique que la prise de la glace de mer débute généralement plus tard, à raison de 0,7 jour plus tard par année, à savoir environ 25 jours plus tard durant la période d’étude. En 1969, la date de la prise de la glace était environ le 30 septembre et, en 2005, elle était le 5 novembre. Une carte en médaillon indique l’emplacement d’Igloolik dans l’Écozone+ de l’Arctique.

 
Source : Adapté de Laidler et al., 200910.

Des réductions d'accès semblables liées à l'état de la glace ont été signalées parmi les communautés de Sachs Harbour11, d'Ulukhaktok12 et de Churchill9, bien qu'un tel effet sur les résidants dépende de la collectivité.

D'autres types de changements environnementaux ont aussi nui à l'accès aux services d'approvisionnement. Par exemple, les projets de dérivation de la rivière Churchill et du fleuve Nelson afin de régulariser le niveau du lac Winnipeg ont réduit la capacité des Cris de naviguer sur les lacs et les cours d'eau environnants pour se nourrir et s'approvisionner13.

Changements de comportement des espèces sauvages

Photo : Bernaches du Canada © iStock.com/Whiteway

Malgré des augmentations de la population des Bernaches du Canada dans l'est de la taïga du Bouclier depuis le milieu des années 199014, les activités de chasse des Cris de la baie James ont connu moins de succès au cours des dernières années15. En effet, les chasseurs signalent que les Bernaches volent plus haut, que la période de migration s'est raccourcie ces dernières années et que leur route migratoire se situe davantage à l'intérieur des terres. On pense que ces changements de comportement sont dus à la modification du régime climatique, à la diminution des zostères et aux impacts du développement hydroélectrique16. Les changements de comportement des Bernaches sont aggravés par des changements dans les conditions environnementales durant les récoltes, en particulier les débâcles printanières moins prévisibles sur la côte. La combinaison de ces facteurs entraîne la réduction du nombre de sites de récolte adéquats ou accessibles. La récolte traditionnelle se base sur une rotation systématique et sur la « mise au repos » d'un certain nombre de sites de récolte regroupés aux environs d'un camp de base. Une diminution des sites de récolte, comme c'était le cas entre 1979 et 2006 (voir image), entraîne une pression de récolte accrue dans les sites restants, aggravant ainsi le problème16.

Récolte printanière de la bernache à la baie de Blackstone, Wemindji, Québec
Diminution des sites de récolte adéquats ou accessibles
Deux cartes montrant la baisse du nombre des sites de récolte printanière de la bernache dans la baie de Blackstone, à Wemindji (Québec). Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Description longue pour Récolte printanière de la bernache à la baie de Blackstone, Wemindji, Québec

Ces deux cartes présentent les sites de récolte printanière de la bernache du Canada aux environs de la baie de Blackstone, à Wemindji (Québec), en 1979 et 2006. En 1979, 13 sites de récolte printanière de la bernache du Canada entouraient le camp de base, alors qu’en 2006, seulement 4 sites de récolte l’entouraient. Ces données indiquent une diminution du nombre de sites de récolte adéquats ou accessibles. Une carte en médaillon du Canada montre l’emplacement de la baie de Blackstone, à Wemindji (Québec), dans l’Écozone+ de la Taïga du bouclier.

 
Sources : Carte de 1979 adaptée de Scott, 1983 dans Peloquin, 200716
carte de 2006 adaptée de Peloquin, 200716.

Retournez à la table des matières

Photo : Marais Holland en Ontario © Tim Hagen
Marais Holland en Ontario

Évaluation des services écosystémiques

Le défaut de reconnaître la valeur économique d'écosystèmes sains a contribué au déclin continu de la biodiversité dans le monde17. La duplication ou le remplacement des services écosystémiques par des services de remplacement d'origine humaines sont coûteux et peuvent être dépourvus de services complémentaires, comme les valeurs culturelles. L'évaluation des services écosystémiques est une façon d'intégrer les considérations sur la biodiversité dans la prise de décisions en matière d'utilisation du sol et d'activité économique, et de mesurer la valeur de la biodiversité aux yeux des gens. La valeur économique de nombreux services d'approvisionnement, comme la production de poissons ou de bois d'oeuvre, est souvent estimée facilement parce que les produits ont des prix bien définis. Il est plus complexe d'attribuer une valeur à des services écosystémiques non commercialisés. Une étude d'évaluation à grande échelle des écosystèmes de la région boréale canadienne18 offre un cadre pour obtenir des évaluations plus détaillées dans des domaines précis.

Services écosystémiques de la ceinture de verdure de l’Ontario

Carte : Ceinture de verdure de l'Ontario. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Description longue pour Services écosystémiques de la ceinture de verdure de l’Ontario

Cette carte de la région du Golden Horseshoe du sud de l’Ontario montre l’étendue de la ceinture de verdure, qui avoisine le périmètre de Toronto, atteignant le lac Ontario et le lac Simcoe ainsi que Guelph et Niagara Falls. Une mince bande de la ceinture de verdure s’étend vers le nord au‑delà de Owen Sound et jusqu’à l’extrémité de la péninsule Bruce.

 
Source : Adapté de Friends of the Greenbelt Foundation, 200924.

La valeur totale estimée des services écosystémiques non commerciaux mesurables de la région est d'environ 2,6 milliards de dollars annuellement23. La ceinture verte, composée d'espaces verts, de terres agricoles, de communautés, de forêts, de milieux humides et de bassins versants, représente l'habitat de plus d'un tiers des espèces en péril de l'Ontario23.

La valeur totale estimée des services écosystémiques non commerciaux mesurables de la région est d'environ 2,6 milliards de dollars annuellement23. Cette estimation est probablement faible en raison d'une compréhension incomplète de tous les avantages que procure la ceinture de verdure et de la difficulté d'attribuer une valeur qui représente l'importance de l'existence de cette région aux yeux de la population. La ceinture de verdure prendra sans doute de la valeur au fil du temps à mesure que les écosystèmes protégés qu'elle renferme deviendront de plus en plus rares23.

Service écosystémique Valeur annuelle
(en millions)
Habitat 548$
Lutte contre les inondations
(milieux humides)
380$
Stockage et absorption du carbone 377$
Pollinisation agricole 298$
Contrôle des eaux de ruissellement
par les forêts
278$
Filtration de l'eau 131$
Régénération naturelle 98$
Activités de loisir et esthétique 95$
Culturel/spirituel 66$
Lutte biologique 8$
Formation du sol 6$
Cycle des éléments nutritifs 2$
Lutte contre l'érosion <1$

Source : Wilson, 200823.

Évaluation des hardes de caribous de Beverly et Qamanirjuaq

Carte&nbsp;: Hardes de caribous de Beverly et Qamanirjuaq. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
Description longue pour Évaluation des hardes de caribous de Beverly et Qamanirjuaq

Cette carte du Canada présente l’emplacement de l’étendue des hardes de caribous de Beverly et Qamanirjuaq. La harde de Qamanirjuaq s’étend vers l’ouest, depuis la côte ouest de la baie d’Hudson, et comprend le sud de l’Écozone+ de l’Arctique et de l’Écozone+ de la Taïga du bouclier, et l’extrême-nord de l’Écozone+ du Bouclier boréal. L’étendue de la harde de Beverly chevauche la limite occidentale de l’étendue de la harde de Qamanirjuaq, et s’étend vers l’ouest jusqu’à la limite de l’Écozone+ de la Taïga des plaines.

 

La relation entre les peuples du Nord canadien et les caribous s'est développée sur des milliers d'années et constitue le fondement d'un nombre important de valeurs culturelles. Par exemple, les peuples qui vivent sur le territoire des hardes de caribous de Beverly, en font la récolte depuis environ 8000 ans19.

Un examen des services rendus par les hardes de caribous de Beverly et Qamanirjuaq a permis de constater que la valeur de la récolte, comprenant la viande, le cuir et les bois, était estimée à 19,9 millions de dollars par année20. Des études précédentes dans la région, appuyées par des questionnaires et entrevues, ont conclu que la récolte du caribou et les activités connexes (comme la préparation et le partage de la viande, ainsi que les festins communautaires) étaient perçus par les peuples vivant sur le territoire de ces deux hardes comme faisant partie intégrante de la conservation et du transfert des connaissances, des aptitudes et de la culture. Un grand nombre de personnes interviewées ont souligné à quel point la récolte du caribou revêtait une importance pour leur identité et la revitalisation de leur communauté20.

Les services écosystémiques dont les peuples du Nord bénéficient grâce au caribou sont menacés. La harde de Beverly a fortement diminué depuis le dernier recensement en 199421. Par conséquent, les habitants du nord de la Saskatchewan qui récoltent traditionnellement le caribou de Beverly, ont dû prendre l'avion pour aller plus au nord ou à l'est pour faire une récolte. Ces caribous peuvent provenir d'autres hardes en déclin, comme le caribou de Qamanirjuaq, de Bathurst ou d'Ahiak21, 22.

Retournez à la table des matières