Espèces non indigènes envahissantes

Espèces non indigènes envahissantes

Écosystèmes marins côtiers

Photo : Tuniciers coloniaux © Gordon KingBien que de nombreuses espèces non indigènes se soient établies dans les eaux marines côtières du Canada4-6, les impacts des espèces non indigènes envahissantes se font le plus sentir dans les baies de l'Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.). En raison des activités agricoles et aquacoles intensives, les côtes de l'Î.-P.-É. sont devenues plus favorables à l'établissement des envahisseurs et plus vulnérables à leurs impacts. Par exemple, depuis 1997, quatre sous-espèces d'ascidies, ou tuniciers, se sont établies et sont envahissantes à l'Île-du-Prince-Édouard. Bien qu'elles soient établies ailleurs dans le sud du golfe du Saint-Laurent, ce n'est qu'à l'Île-du-Prince-Édouard qu'elles sont envahissantes. Il existe également des signes indiquant qu'une autre espèce envahissante, le crabe européen, se nourrit des prédateurs des ascidies, accentuant le problème de l'Île-du-Prince-Édouard6,7.

Le crabe européen est un compétiteur agressif des crabes indigènes, et il est un prédateur de myes, de moules, de poissons juvéniles et de nombreuses autres espèces. Récemment, il s'est établi sur les côtes est et ouest du Canada, mais son établissement est trop récent pour que tous ses impacts soient connus. Le transport sur les coques de bateau et dans l'eau de ballast des navires est le principal responsable des invasions marines côtières au Canada5, 7, 8 Une nouvelle réglementation sur l'eau de ballast vise à empêcher de nouvelles introductions par cette voie d'entrée.

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Photo : Moules zebrées © Jim Moyes, Environnement Canada
Moules zebrées

Grands Lacs

Les espèces non indigènes envahissantes sont responsables de la perte de la majeure partie de la communauté biotique initiale des Grands Lacs9 La dégradation du biote indigène des Grands Lacs a commencé avec l'ouverture du canal Welland en 1829, l'introduction accidentelle de la lamproie en 1920, et l'effondrement des populations de touladi qui s'en est suivi. Les espèces non indigènes sont désormais les espèces dominantes dans les Grands Lacs, ce qui entraîne de lourdes conséquences écologiques et économiques10 Une étude a estimé que les pertes économiques causées par les espèces non indigènes envahissantes dans les Grands Lacs s'élèvent jusqu'à 5,7 milliards de dollars par an11.

Tendances des espèces non indigènes dans les Grands Lacs

Nombre cumulatif d'espèces
Graphe : Nombre cumulatif d'espèces de plantes non indigènes envahissantes dans les Grands Lacs. Cliquez pour obtenir une description du graphique. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
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Ce diagramme à barres montre le nombre cumulatif d’espèces non indigènes apparues dans les Grands Lacs pendant 5 périodes. Voici les faits saillants révélés par le diagramme :

  1. avant 1849, 9 espèces non indigènes étaient présentes;
  2. en 1899, 43 espèces non indigènes étaient présentes;
  3. en 1949, 86 espèces non indigènes étaient présentes;
  4. en 1999, 173 espèces non indigènes étaient présentes;
  5. en 2008, 185 espèces non indigènes étaient présentes.
 
Source : Great Lakes Aquatic Nonindigneous Species Information System (GLANSIS), 200912.

En 2008, des populations reproductrices de plus de 185 espèces aquatiques non indigènes ont été recensées dans les Grands Lacs. Parmi ces espèces, au moins 10 % sont considérées comme envahissantes12. Voici quelques exemples de répercussions :

  • l'introduction des moules zébrées et quaggas a fait disparaître la population de l'amphipode de fond, Diporeia, et 33 %des moules indigènes;
  • les populations de nombreux poissons lacustres ont diminué considérablement après l'introduction du gaspareau13.

La prévention de nouvelles introductions, notamment celle des carpes asiatiques provenant du bassin du Mississippi, constitue un enjeu crucial13.

Déclins des moules indigènes

Nombre d'espèces de moules d'eau douce avant et après l'invasion des moules zébrées
Carte et graphe : Déclins des moules indigènes dans Lac Érié et Lac Sainte- Clair. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
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Cette carte des lacs Érié et Sainte-Claire et des rivières Détroit et Niagara montre les localités où des données sont disponibles sur les nombres d’espèces de moules d’eau douce présentes avant et après l’invasion par la moule zébrée. Ces données sont présentées sous forme de diagramme à barres et montrent que le nombre d’espèces indigènes a diminué de manière abrupte dans toutes les localités où des échantillons ont été prélevés avant et après l’invasion. Voici les faits saillants révélés par le diagramme, pour chaque localité :

  1. Dans la localité située sur la rive est du lac Sainte-Claire, 5 espèces étaient présentes après l’invasion, mais aucun échantillon n’avait été prélevé avant l’invasion. Dans la localité située sur la rive sud du lac, 11 espèces étaient présentes avant l’invasion, et aucune n’était présente après. Dans la localité située au centre du lac, 19 espèces étaient présentes avant l’invasion, et 5 après.
  2. Aux îles Bass, dans le sud-ouest du lac Érié, plus de 20 espèces étaient présentes avant l’invasion, et aucune n’était présente après.
  3. Dans la baie Rondeau, sur la rive nord-ouest du lac Érié, 10 espèces étaient présentes avant l’invasion, et environ une seule après.
  4. Dans la baie Presque Isle, sur la rive sud-est du lac Érié, environ 15 espèces étaient présentes avant l’invasion, et aucune n’était présente après.
  5. À Port Maitland, sur la rive nord-est du lac Érié, environ 15 espèces étaient présentes avant l’invasion, et environ 5 après.
  6. Dans la rivière Niagara, environ 5 espèces étaient présentes après l’invasion, mais aucun échantillon n’avait été prélevé avant l’invasion.
 
Remarque : Aucune donnée avant l'invasion pour la rivière Niagara et l'est du lac Sainte-Claire.
Source : Données tirées de Metcalf-Smith et al., 200214.

Les moules d'eau douce indigènes sont importantes au plan écologique puisqu'elles sont des filtres biologiques naturels, qu'elles nourrissent des espèces aquatiques et qu'elles sont des indicateurs d'une eau de bonne qualité15. Près de 72 % des 300 espèces de moules d'eau douce en Amérique du Nord sont menacées d'extinction ou sont déjà disparues15. Les moules d'eau douce indigènes étaient presque disparues des eaux du large du secteur ouest du lac Érié entre 1989 et 199116 et du lac Sainte-Claire entre 1986 et 199417. Leur déclin a été attribué à un certain nombre de facteurs de stress associés aux humains comme la pollution, la surexploitation et la destruction de leur habitat par les barrages18, sans compter les niveaux d'eau à la baisse et la compétition menée par les espèces non indigènes telles que les moules zébrées et quaggas15. Les cours d'eau non aménagés peuvent constituer un refuge pour les espèces de moules indigènes en limitant la colonisation par les moules zébrées et quaggas. Par contre, les moules non indigènes peuvent tout de même s'établir dans les cours d'eau faisant l'objet d'une régularisation et dotés de réservoirs15. Dans un relevé effectué de 2004 à 2005, des moules zébrées ont été recensées dans tous les sites échantillonnés en aval du réservoir Fanshawe dans le cours inférieur de la rivière Thames, un système contenant l'une des communautés de moules d'eau douce les plus diversifiées au Canada19.

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Photo : La salicaire commune © Steve Dewey, bugwood.org
La salicaire commune

Plantes terrestres

Les espèces végétales non indigènes envahissantes sont l'une des plus grandes menaces pour les terres cultivées, les parcours naturels et les aires naturelles du Canada. Elles portent atteinte à la productivité et à la biodiversité, elles sont responsables de lourdes pertes économiques et elles nuisent au commerce avec d'autres pays. Environ 1229 (24 %) des 5087 espèces végétales connues au Canada ne sont pas indigènes. De ce nombre, 486 sont considérées comme étant des mauvaises herbes ou des espèces envahissantes36.

Plantes non indigènes envahissantes

Nombre cumulatif d'espèces, de 1600 à 2005
Graphe : Nombre cumulatif d'espèces de plantes non indigènes envahissantes au Canada. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
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Ce graphique linéaire montre l’évolution du nombre cumulatif d’espèces de plantes exotiques envahissantes présentes au Canada. De 1600 à 1800, ce nombre a augmenté, atteignant environ 50 en 1800. De 1800 à 1905, le nombre d’espèces a augmenté plus rapidement et était de plus de 200 en 1905. Au cours du siècle suivant, l’augmentation a été moins rapide, et le nombre a atteint 245 en 2005.

 
Remarque : Ce graphique représente une estimation des tendances temporelles des 245 espèces de plantes envahissantes pour lesquelles il est possible de calculer la date d'introduction.
Source : Agence canadienne d'inspection des aliments, 201036.

La hausse la plus rapide d'espèces végétales non indigènes s'est produite entre 1800 et 1900, une période où le commerce, l'immigration et la colonisation s'étaient intensifiés. Au cours de cette période, de nombreuses espèces végétales envahissantes ont été introduites au Canada de manière intentionnelle. Le rythme d'introduction de nouvelles espèces végétales envahissantes a ralenti depuis le début des années 1900, quoique l'agrandissement des aires de répartition des espèces établies continue de poser problème. La plupart des espèces végétales non indigènes du Canada sont originaires de l'Europe occidentale, ce qui reflète les caractéristiques dominantes du commerce du passé. Les caractéristiques actuelles du commerce laissent croire que de nouveaux risques pourraient provenir des États-Unis et de l'Asie36.

Les espèces végétales non indigènes envahissantes peuvent causer des dommages écologiques sur une vaste superfie, et des pertes économiques dans de multiples secteurs. Parmi les espèces végétales non indigènes les plus dommageables, on compte le chardon des champs, l'euphorbe ésule et la centaurée37. Les espèces végétales des milieux humides sont parmi les envahisseurs les plus agressifs, puisqu'elles modifient la structure des végétaux, réduisent la diversité des plantes indigènes et des espèces sauvages qui y sont associées, et nuisent au fonctionnement élémentaire des milieux humides. La salicaire commune et le phragmite commun d'Europe figurent parmi les envahisseurs les plus agressifs des milieux humides38.

Expansion du phragmite commun

Fleuve Saint-Laurent, Québec, de 1980 à 2002
Trois cartes : Expansion du phragmite commun. Cliquez pour obtenir une description du graphique.  Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
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Ces trois cartes montrent l’étendue occupée par la sous-espèce européenne du phragmite commun, le long du fleuve Saint-Laurent, au Québec, en 1980, 1995 et 2002. En 1980, cette plante se rencontrait uniquement dans le fleuve lui-même. En 1995, elle s’était propagée dans le fleuve ainsi que sur les terres environnantes. En 2002, tous les secteurs déjà colonisés avaient pris de l’expansion.

 
Source: adapted from Hudon et al., 200539.
Carte montrant la situation géographique du fleuve Saint-Laurent, Québec. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
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Cette carte du Canada montre la position du fleuve Saint-Laurent (Québec).

 

Le phragmite commun d'Europe est une sousespèce du phragmite commun indigène, et il est l'un des envahisseurs non indigènes les plus dangereux pour les habitats naturels au Canada40, 41. Présentement, il est la source d'un problème majeur dans l'Est, où il forme des peuplements denses qui supplantent la plupart des espèces indigènes40. Il s'est implanté pour la première fois en Nouvelle-Écosse en 191040, mais il s'est propagé de façon plus marquée entre 1980 et 200239. Les milieux humides linéaires aménagés par les humains, tels que les fossés, peuvent constituer des corridors de dispersion puisqu'ils sont riches en nutriants et largement interreliés, et que le sel qui s'y accumule avantage le phragmite commun d'Europe, qui tolère bien le sel42. L'expansion du phragmite commun d'Europe compromet le fonctionnement des écosystèmes, puisqu'il appauvrit la biodiversité et qu'il procure une valeur plus faible sur le plan de la nutrition43 et de l'habitatPhoto : Le phragmite commun d’Europe © Paul Catling44 que les espèces indigènes qu'il remplace. Selon les prévisions, le phragmite commun d'Europe devrait étendre son aire de répartition aux provinces des Prairies d'ici dix ou vingt ans, où il pourrait avoir une incidence sur le débit de l'eau dans les canaux d'irrigation40. Le fait de connaître la situation permet de prévoir du temps pour mener les recherches nécessaires afin de prévenir sa propagation40.

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Agents pathogènes et maladies des espèces sauvages

Les agents pathogènes sont des organismes provoquant des maladies. Ils proviennent d'un large éventail de groupes d'espèces comme les vers, les insectes, les champignons, les protozoaires, les bactéries et les virus. De nombreux agents pathogènes proviennent du Canada, et les maladies qu'ils provoquent chez les espèces sauvages font partie du fonctionnement normal des écosystèmes. Cependant, il semblerait que de récentes épidémies aient été causées par des agents pathogènes non indigènes envahissants ou par de nouvelles souches d'agents pathogènes indigènes. Il s'agit entre autres d'une bactérie des volailles qui s'attaque également au Roselin familier; de la grippe aviaire, un virus normalement bénin des canards qui existe maintenant dans une souche meurtrière pour la volaille; la peste du canard, un virus provenant de l'Eurasie qui peut tuer la sauvagine; un champignon chytride touchant les amphibiens; et le virus du Nil occidental qui s'attaque aux mammifères, aux oiseaux, aux reptiles et aux humains20.

Répartition des oiseaux testés positifs pour le virus du nil occidental

De 2001 à 2003
Carte : Répartition des oiseaux testés positifs poir le virus du nil occidental. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
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Cette carte du Canada où sont indiquées les limites des Écozones+ montre les localités où on a trouvé des oiseaux qui, à la suite de tests, se sont révélés infectés par le virus du Nil occidental, de 2001 à 2003. La plus forte concentration d’oiseaux infectés se trouvait dans un secteur comprenant l’Écozone+ des Plaines à forêts mixtes, dans le sud de l’Ontario et du Québec, et s’étendant vers l’est jusqu’à l’Écozone+ Maritime de l’Atlantique. Des oiseaux infectés ont également été trouvés, de manière sporadique, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse ainsi que dans le sud de l’Écozone+ du Bouclier boréal. Un grand nombre d’oiseaux infectés ont enfin été trouvés, de manière dispersée, d’un bout à l’autre de l’Écozone+ des Prairies ainsi qu’en bordure sud de l’Écozone+ des Plaines boréales.

 
Source : Leighton et al., 201020, adapté de Santé Canada, 200321.

Le virus du Nil occidental suit un cycle naturel entre un large éventail d'espèces d'oiseaux sauvages et un éventail restreint d'espèces de moustiques. Il a été transporté de l'Afrique et de l'Eurasie jusqu'en Amérique du Nord22. Détecté pour la première fois au Canada en 2001, le virus avait touché toutes les provinces de la Nouvelle-Écosse à l'Alberta en 2003, et avait atteint la Colombie-Britannique en 2009. Le virus du Nil occidental a tué des milliers de corvidés (corneilles, geais, pies et oiseaux de la même famille) ainsi qu'un nombre moins élevé d'oiseaux n'appartenant pas à la famille des corvidés23.

Propagation mondiale du champignon chytride touchant les amphibiens

Premières apparitions du champignon chytride dans chacun des grands centres
Calendrier : Propagation mondiale du champignon chytride touchant les amphibiens. Cliquez pour obtenir une description du graphique (nouvelle fenêtre).
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Ce diagramme chronologique indique la date d’apparition du champignon chytride dans les grandes régions de la planète. Le champignon est d’abord apparu en Afrique, en 1938, puis il a été détecté en Amérique du Nord en 1961, en Australie en 1978, en Amérique centrale en 1983, en Amérique du Sud en 1986, en Europe en 1997 et en Océanie en 1999.

 
Source : Adapté de Weldon et al., 200424

Un champignon chytride de l'épiderme a été associé à un déclin mondial des populations d'amphibiens25, et d'après la croyance populaire, il s'agirait de la plus importante maladie infectueuse menaçant la biodiversité26, 27. L'origine du champignon chytride en Amérique du Nord n'est pas bien connue. Il pourrait être venu d'Afrique et s'être propagé par le commerce de dactylèthres d'Afrique, qui étaient largement utilisés dans les tests de grossesse destinés aux humains24, 26. Le commerce d'autres espèces, comme le ouaouaron, pourrait avoir contribué à sa propagation24. Certaines données révèlent que le champignon chytride a toujours été présent en Amérique du Nord, mais que les amphibiens y sont devenus plus sensibles en raison de facteurs de stress environnementaux comme les pesticides et les changements climatiques28-30. Le premier champignon chytride recensé ailleurs qu'en Afrique a été relevé au Québec, en 196131.

Photo : Grenouille léopard © iStock.com/maimai

Depuis lors, des champignons chytrides ont été trouvés en Colombie-Britannique31, en Alberta20, en Saskatchewan32, en Ontario, au Québec, au Nouveau Brunswick, en Nouvelle-Écosse31 et, plus récemment, à l'Île-du-Prince-Édouard33, au Yukon,34 et dans les Territoires du Nord-Ouest35.

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